Se libérer de l'oppression - 04 - Dépasser les "gardes"

Dans les trois premières parties, nous avons parlé de l'oppression et nous avons commencé à expliquer comment donner un sens à notre souffrance insoutenable, à l'école de Job.

Ce quatrième volet est la 2nde partie du commentaire biblique sur Job à partir du chapitre 3, qui retrace le début de l'ascension spirituelle de celui qui vit une oppression terrible. En effet, celui-ci apprend enfin à appréhender sa souffrance en dépassant ceux qui l'entourent, tel la Bien-Aimée du Cantique des Cantiques, dépassant les gardes des remparts qui finit par retrouver son Bien-Aimé.

Nous verrons que cette ascension comprend trois grandes phases : la confrontation avec ses amis (qu’on comparera aux gardes du Cantique des Cantiques), puis (dans la prochaine partie) la venue d’Elihou qui agit comme un « rédempteur » et enfin la vision de DIEU qui converse avec Job et le réhabilite dans sa santé, sa famille et ses biens matériels.
Reprenons donc l'histoire de notre ami Job dès la fin de sa parole où il ose maudire sa naissance - parole qui, nous l'avons vu, est en réalité une prière d'une redoutable efficacité pour qui la dit avec tout son coeur. Job le juste, l'ami de DIEU, semble avoir tout perdu, y compris sa santé, la proximité avec son épouse et ce qu'il croyait être de l'amitié, de la part de ses trois amis. En fait c'est bien de l'amitié, bien qu'imparfaite, ce qui explique, comme nous l'avons vu, qu'au bout d'une semaine de "consolations" de ses trois amis, Job s'irrite au point de maudire sa naissance (Jb 3).
 
Suite à ce cri de Job s'engage donc la conversation qui représente tout de même 29 chapitres (jusqu'au chapitre 31 inclus) de discussions avec ses trois amis outrés des paroles de Job.

 

1 - Les 3 amis et leurs propos

A ce stade, nous n'avions fait que constater que l'attitude des 3 amis était source d'énervement pour Job. A partir du chapitre 4, nous les entendons parler, et effectivement leurs propos confirment qu'ils sont de bien piètres consolateurs pour leur ami, en dépit de toute la bonne volonté qu'ils ont - car rien ne nous indique de la malveillance de leur part, bien au contraire.

 

1-1 : Les ardents défenseurs de la Justice de DIEU

Tout à la fin du livre (Jb 42, 7-9), DIEU nous dira que ces trois hommes n'ont pas parlé de Lui avec droiture contrairement à Job, et même pire : Job est celui qui a intercédé pour eux et qu'ils devront aller voir pour qu'il continue à intercéder pour eux. Ces versets sont une véritable clef d'interprétation du livre : ce que dit Job est juste, ce que disent les trois amis ne l'est pas. Je ne pense pas qu'Elifaz, Bildad et Çofar aient des propos qui soient complètement erronés, il me semble plus juste de dire qu'ils parlent de DIEU de manière correcte, excepté lorsque DIEU montre sa miséricorde. Autrement dit, ils considèrent la justice de DIEU d'une manière absolue, et sous-estiment qu'à l'approche de quelqu'un qui souffre, DIEU est capable de faire miséricorde et d'oublier un instant sa justice, comme on le voit avec la femme adultère (Jn 8, 2-11), ou encore avec les disciples qui ont faim et arrachent des épis (Mt 12, 1-8 // Mc 2, 23-28 // Lc 6, 1-5), ou le Bon Samaritain qui passe outre ses propres impératifs pour s'occuper du malheureux de Jéricho (Lc 10, 25-37). La justice de DIEU se "tord" et se "façonne" lorsqu'une personne souffre, d'une manière comparable à l'espace-temps qui se contorsionne en s'approchant d'un trou noir. L'apôtre Jacques nous dit dans son épître que la miséricorde se moque du jugement, ou, traduit autrement, la miséricorde traite le jugement avec hauteur (Jc 2, 13). C'est bien ce qui se passe ici : Job dans son dénuement, n'est pas soumis à la même justice qu'une personne bien portante : il est pris en pitié par le SEIGNEUR.

 

1-2 : Les 3 amis mis à l'épreuve du temps

La miséricorde de DIEU est en effet parfois déroutante, notamment dans toute la patience qu'Il déploie afin d’amener un malade à une guérison véritable. Ce facteur temps est très important, et nos trois consolateurs s’irritent sans doute du fait qu’à l’échelle de temps humain (ces 7 jours passés avec Job), ils ne perçoivent aucune amélioration dans l’état de leur ami. N’est-ce pas légitime, de s’attendre à une amélioration visible, lorsqu’on a passé du temps à soigner quelqu’un?
Pourtant, il se trouve que l’amour ne s’irrite jamais, l’amour prend patience. Nous sommes souvent tenté-e-s de penser que toute personne oppressée par le démon peut être guérie par un exorcisme, et hop on n’en parle plus. Oui, effectivement : la prière d’autorité est un « médicament » efficace, mais elle l’est encore plus lorsqu’elle est accompagnée d’une démarche de conversion, de purification, qui s’opère dans le temps et non en coup de vent, car sinon le risque de rechute est grand. En outre, certains maux diaboliques se prêtent moins à la prière d’autorité, la guérison s’opérera d’elle-même une fois que le malade aura pris du recul sur sa maladie.
Nous y reviendrons.
 
En tout état de cause, ces trois amis perçoivent ce que dit Job comme une agression et une atteinte à la Vérité.

 

1-3 : Trois angles d'attaque pour défendre la Justice de DIEU

La discussion s'articule en trois fois trois discours : Elifaz, Bildad et Çofar prennent chacun la parole et à chaque fois Job leur répond :

Voilà donc le cheminement que fait prendre l'entourage d'une personne qui souffre à celle-ci, afin de la faire méditer sur sa propre condition. Pourquoi donc ? Sans doute parce que c'est un besoin de ne pas être trop dérangé-e et débordé-e par cette souffrance ?

Pour cela, les amis de Job répondent à ce dernier, sur chacune de ces trois questions :

On perçoit ici à quel point cette manière de réfléchir contribue grandement à l’isolement de la personne oppressée... 
Mais avant de revenir sur ces trois étapes qui sont parcourues en présence de celui qui souffre, esquissons quelques traits des trois personnages qui nous sont présentés.
 

1-4 : Trois amis, comme trois zones de notre être

Ces personnages peuvent être vus comme trois manières dont nos amis sont susceptibles de nous "consoler" lorsque nous traversons une grande épreuve (et la manière dont nous-mêmes sommes tenté-e-s de consoler ceux qui souffrent) :
Ils représentent donc chacun à leur manière un domaine dans lequel parfois nous excellons, au point, parfois, de nous méprendre sur une personne dans l’affliction. Nous puisons dans toutes nos considérations spirituelles, comme Elifaz, ou dans tous les raisonnements que nous faisons d’ordinaires, comme Bildad, ou dans notre ressenti "infaillible", comme Çofar, afin d’émettre un avis sur la douleur de l’autre que nous considérons, et : pas de chance : nous passons à côté de l’enjeu réel que traverse ce souffrant.
 
Voyons plus en détail ces trois déclinaisons de la Sagesse courante que les "consolateurs" jettent à la figure de celui qui souffrent. Tout d'abord : Elifaz.
 

1-3 : Elifaz de Téman, le contemplatif

Elifaz vient de Téman, contrée dans le pays d'Edom et réputée pour sa Sagesse (Jr 49, 7 ; Ab 8-9 Ba 3, 22). Elifaz signifie "DIEU est de l'or fin" et Téman : "Sud". Ce personnage porte donc le nom "DIEU est de l'or fin du Sud". Il s'agit d'un personnage qui a l'habitude de puiser sa force en DIEU dans la contemplation : l’or qu’il passe son temps à chercher est la prière et l’étude. Il mesure les choses de manière spirituelle. Et effectivement, Elifaz le revendique à plusieurs reprises : "Une parole, furtivement, m'est venue, mon oreille en a saisi le murmure" (Jb 4, 12) ; "Ce que j'ai contemplé, je le rapporterai.' (Jb 15, 17) ; "tu feras du PUISSANT tes délices et tu élèveras vers DIEU ton visage." (Jb 22, 26).

Le livre du prophète Habaquq énonce que "DIEU (Lui aussi) vient de Téman" (Ha 3, 3), montrant que DIEU est le Sage par excellence. JESUS accomplit lui-même ce beau passage d'Habaquq, car Il nous montre que la vie d'un homme sage commence dès le petit matin (Mc 1, 35) avec une contemplation divine qui nourrit chaque journée. Cela fait de cet homme quelqu'un de puissant, puisque "devant lui marche la peste, la fièvre met les pas dans les siens, ... il fait sursauter les nations" (Ha 3, 5-6). Elifaz est donc cet homme-là, qui ne semble pas tarir d'expériences mystiques et reçoit la Sagesse divine dans ses moments d'étude et de prière.

Et pourtant, Elifaz s'irrite devant Job, en lui insinuant que sa foi ne reposait que sur son bien-être, mais s'écroule maintenant que vient le malheur (Jb 4, 2-6). Il déclare que lui-même, Bildad et Çofar sont envoyés par DIEU afin de lui rappeler la Sagesse (Jb 15, 11). Il lui dit qu'il est forcément coupable vu son état et ce qu'il dit, et de revenir au PUISSANT afin d'être relevé (Jb 22, 5-30). Il est tellement agaçant, pour qui s'efforce de vivre de manière spirituelle (qui puise en DIEU sa force pour sortir de toutes les épreuves), de voir quelqu'un comme Job !

La vie "chrétienne" nourrie d'Elifaz ne semble pas lui suffire à être ajusté-e à la personne qui endure l'épreuve ; on peut même dire que cette personne qui souffre devient pour lui une pierre qui nous le chuter au niveau de sa propre spiritualité, lui qui croit si bien connaître DIEU et sa Sagesse. Il semble que son point faible soit révélé dans son 1er poème (Jb 4, 12-21). Elifaz de Téman raconte en effet qu'il a reçu la visite nocturne d'un ange d'angoisse qui lui a révélé la justice impitoyable de DIEU, impitoyable à la fois pour les anges et pour les humains. Cette peur semble agir comme un ennemi redoutable infiltré dans sa propre théologie, qui dicte que dès qu'une personne semble s'écarter de la Sagesse commune reçue, c'est que celle-ci est fautive, pécheresse. Cette manière de penser n'est-elle pas une erreur fondamentale qui empêche de bien comprendre qui est le TRES-HAUT ? Elifaz ne semble pas encore avoir fait l'expérience de la Miséricorde inconditionnelle de DIEU, en particulier sa proximité et sa tendresse infinie pour la personne affligée par la souffrance. Dans le texte du Prophète Habaquq où est décrit le Sage par excellence, il est rappelé en premier lieu la miséricorde (Ha 3, 2). N'est-ce pas là une balise qui rappelle à celui qui souhaite s'appuyer sur sa vie de prière et d'étude de la Parole pour consoler quelqu'un, que DIEU se laisse toucher par la personne souffrante, même lorsqu'elle n'est pas très "conventionnelle" ?

 

1-6 : Bildad de Shouah, le rationnel en action

Bildad du pays de Shouah signifie littéralement : "Fils de consternation du pays de la dépression". La spécialité de Bildad est sa capacité à raisonner. Il se réfère à la Tradition qu'il a étudiée afin de construire sa pensée (Jb 8, 8-10) : "Interroge donc les générations d'antan..." Il est choqué par Job car celui-ci semble s'opposer à l'ordre voulu par DIEU et à Sa Justice. (Jb 18, 3-4). En effet, pour lui, cette épreuve montre que les enfants de Job méritaient sûrement ce châtiment qui leur a été infligé (et il le dit à Job !) (Jb 8, 4) ; Job lui-même doit sûrement être rempli d'erreurs pour tomber ainsi (Jb 8, 13-22 ; Jb 18, 5-21).

La manière très métronomique de raisonner de Bildad semble être résumée lorsqu'il déclare : "À Lui l'empire et la terreur". L'émerveillement de Bildad est donc la justice impitoyable de DIEU qui s'impose et ne laisse pas de place à ce qui échappe à la raison. Bildad semble ainsi être une bonne représentation de tous nos raisonnements humains qui se mettent en mouvement devant celui qui souffre et qui, au lieu de consoler, apportent une consolation uniquement purement narcissique, afin d'atténuer cette difficulté de voir l'autre qui est dans l'épreuve. Celui qui s'appuie exclusivement sur sa raison ne risque pas d'être froid dans ses diagnostics et d'être comme Bildad celui qui apporte la consternation et la dépression ?

 

1-3 : Çofar de Naama, l'affectif heurté dans sa sensibilité

Çofar de Naama, notre troisième ami venu consoler Job, a un nom qui peut être traduit par "Moineau agréable qui gazouille". Çofar est celui qui ressent la joie et la peine et renvoie lui-même tout son entrain afin de jouer un rôle positif auprès de ses amis. Pour lui, passer cette semaine intensive auprès de Job a été un tour de force, car il ne s'attendait pas à ce que son ami résiste aux consolations habituelles, de raconter des choses drôles, de minimiser celles qui sont tristes, enfin bref : de l'aider à tourner la page sur son passage à vide. Non : Job a touché le fond, et s'il semble refuser toutes les consolations qui d'habitude sont efficaces de la part de Çofar, cela ne peut être dû qu'à un élan de mauvaise volonté de sa part et un souhait délibéré de "railler", "d'outrager" ses amis ! (Jb 11, 2-6 ; Jb 20, 2-3) Il suffit pourtant d'"affermir son jugement" et de décider d'aller bien en "ôtant la perversité de ses mains, pour que notre paix revienne" (Jb 11, 13-19). Çofar nous représente lorsque nous consolons l'autre avec notre affectivité : nous imaginons le méchant qui fait le mal, sa souffrance et sa chute parce qu'il nous fait tellement froid dans le dos que nous ne pouvons pas ne pas l'exprimer, le mettre à l'extérieur de nous, devant celui qui est atteint par une détresse comme celle de Job. Mais ce faisant, ne blessons-nous pas celui qui nous écoute et qui ne peut que s'identifier au mal dont nous parlons ?

Il est instructif de voir que Çofar n'aura l'occasion de parler que deux fois devant Job ; n'est-ce pas pour nous montrer que le chemin de souffrance de Job le conduit à ne plus s'attarder sur les choses superficielles qu'il ressent ?
Pour résumer leurs prises de parole, nous pouvons dire que toute personne qui console quelqu’un qui souffre en s’appuyant sur ses propres richesses -trésors de spiritualité (Elifaz), raison bien formée (Bildad), sensibilité affective (Çofar)- peut être mise en échec par cette souffrance (et/ou cette oppression, dans le cas d’une personne victime d’une oppression démoniaque). En effet, la souffrance a son propre système de fonctionnement et l’occulter ne risque t’il pas de limiter notre action?
De fait, voyons comment Job répond à ses amis et comment il s’appuie sur leurs paroles afin de s’élever vers DIEU.
 

2 - Les réponses de Job et sa croissance vers DIEU

Nous avons vu que le dialogue entre Job et ses amis s’articulait autour de trois axes successifs. Revenons sur ces trois débats et voyons comment Job, voix de la souffrance, s’appuie sur ce que disent ses amis afin de s’élever vers DIEU.
 

2-1 : DIEU serait-il injuste ?

La première idée débattue (Jb 4 - Jb 14) porte donc sur DIEU : serait-il injuste ? Job, dans son état et ses propos, renvoie l’idée que non, c’est du moins la perception de ses trois amis. Or, Job, même s’il fait quelques reproches à ses amis qui peinent à le comprendre, adresse finalement la plupart de ses propos à DIEU directement, comme une prière, à chaque fois en suivant le même cheminement en trois étapes :
  • D’abord Job rappelle que tout ce qui lui arrive est voulu par DIEU (Jb 6, 1-13 ; Jb 9, 1-13 ; Jb 12, 4). En substance, il ne dit pas « DIEU est injuste », mais plutôt : « DIEU, toi qui tiens toutes choses dans ta main, pourquoi me laisses-tu dans cette situation intolérable ??? » Lui qui vit une véritable oppression, use d'une grande liberté pour s’adresser à DIEU et crier toute sa souffrance, n’en déplaise aux spectateurs. N’est-ce pas l’une des grâces de la grande épreuve que l’on traverse, que d’aller chercher au fond de ses entrailles un cri de souffrance vers DIEU ? Rappelons que le CREATEUR, lorsqu’Il répond enfin à Job, dit de celui-ci qu’il a parlé d’une manière juste de Lui, même s’Il lui reproche d’avoir critiqué sa Providence. Prendre la peine de décrire pas à pas la profondeur de notre souffrance n’est donc pas un affront au SEIGNEUR, même si cela est parfois maladroit. Il s’agit en fait d’une manière de rentrer en dialogue avec Lui, en rebondissant sur les propos des interlocuteurs.
  • Dans un second temps, Job souligne qu’en plus d’être, par la volonté de DIEU, frappé par le deuil, la ruine et la maladie, il est accablé par d’autres personnages : ses amis qui le poussent à la désespérance (Jb 6, 14-30) ; les alliés de l’orgueil (ou du Typhon) ou cravache de DIEU (Jb  9, 13-35), les hommes moqueurs (Jb 12, 4-6). Ces personnages désignent, je pense, la même réalité que les « gardes » dont parle la Bien-Aimée du Cantique des Cantiques, ceux qui barrent sa route lorsqu’elle se met en quête du Bien-Aimé qui se fait absent (Ct 3, 3 et Ct 5, 7) : tout d’abord l’Adversaire décrit au chapitre 1 de Job, mais aussi tous les mauvais esprits qui le servent, et enfin toutes les personnes qui au contact de Job font preuve d’incompréhension. Ainsi, la personne qui comme Job a une plaie profonde, notamment en cas d’oppression satanique, s’attire sans le vouloir les foudres à la fois de son entourage et également d’esprits démoniaques qui se mettent à le traquer, comme des requins attirés par l’odeur d’une goutte de sang d’un animal blessé. Le Cantique des Cantiques nous explique que tout l’enjeu, devant ces « gardes » qui nous blessent, est de les dépasser, car ils finissent de nous ôter notre houppelande, c’est-à-dire qui terminent de nous mettre à nu (Jb 19, 26), de nous enlever ce qui nous est encore inutile pour notre élévation spirituelle. 
    Cette seconde partie des répliques de Job est donc capitale, car elle présente devant le SEIGNEUR, elle dénonce même, tous ces personnages qui, au lieu de s’attendrir et d’accompagner la guérison, avivent la souffrance de manière impitoyable. Afin de dépasser ces personnes et/ou ces esprits qui par souci d’aider et/ou par opportunisme nous accablent, un exemple qui nous est donné est celui de Job : celui-ci présente devant l’ÉTERNEL toutes les tracasseries qu’ils lui font et leurs conséquences sur lui-même. C’est une manière de « secouer la poussière de ses pieds », c’est-à-dire de se détacher des choses inutiles qu’ils lui disent et de se défaire de leur emprise. Peut-être Job a t’il complété ses tirades par des phrases comme : « SEIGNEUR, viens ôter de ma tête les paroles que m’a dites untel, notamment : « tu pars complètement en live, tu devrais consulter un psy » et aussi « ce type de malheur ne peut pas arriver lorsqu’on a rien fait de grave ». SEIGNEUR, aide-moi à pardonner s’il y a des choses à pardonner, aide-moi à me détacher de ces paroles qui me tirent vers le bas. » Ce type de prière est également un moyen de demander au SEIGNEUR de se dégager de l’influence des esprits de « rang 1 » et des malédictions bien plus forts que nous. Ce point sera développé plus en détail dans le prochain article sur l’oppression car il est, je pense, majeur. 
  • Dans un troisième temps, Job, après avoir dénoncé ses persécuteurs, plaide devant DIEU « Vois comme mon état est déplorable ! » , il demande : « Abrège mes jours ! » et interroge : « Pourquoi me laisser en vie dans cet état ? »  (Jb 7, 1-21 ; Jb 10, 1-22 ; Jb 13, 20 - 14, 22). Ce sont là les versets parmi les plus poignants du livre de Job. Ils nous font toucher comment exploiter la souffrance en sondant les tréfonds de l’âme, les limites de l’absurde et l’infini qui sépare les plans du SEIGNEUR et les nôtres. Souvent nous manquons de mots lorsque nous souffrons, Job est un peu notre frère aîné en matière de souffrance, laissons-le nous enseigner sa manière sombre mais confiante de converser avec DIEU.
En somme, ces réponses de Job méritent donc d’être méditées et même proclamées lorsque, dans l’affliction, nous conversons avec nos amis à propos de DIEU. Nous pouvons lire chez nous l’un des poèmes de Job, ou lors de la discussion avec nos amis, nous pouvons nous calquer sur la démarche de Job qui rappelle d’abord que c’est DIEU qui a permis cela, puis dénonce un acharnement anormal de certaines personnes contre lui et enfin lance un cri de souffrance afin d’extérioriser celle-ci. En effet, cette manière de s’exprimer n’est-elle pas une forme de prière précieuse pour donner un sens à l’affliction, interroger ceux qui nous entourent, garder un lien de dialogue avec DIEU et se frayer un chemin vers la guérison ?
 

2-2 : La Providence serait-elle mal faite ?

La seconde série de cette véritable joute oratoire entre Elifaz, Bildad, Çofar et Job, se concentre sur le sujet suivant : Job semble remettre en question la Providence divine, l’ordre voulu par DIEU selon lequel il fallait qu’il perde tous ses biens et sa santé. Ici encore, Job répond d’une façon stéréotypée :
  • En premier lieu, il remet en place ses amis (Jb 16, 2-5 ; Jb 19, 1-6 ; Jb 21, 1-5), afin de leur indiquer qu’il est de bonne volonté et a besoin de vraies consolation et d’être écouté. Cela fait redescendre le débat d’un point de vue théorique à une visée pratique (« regardez-moi et voyez : vous pouvez me croire : je suis de bonne volonté, j’essaie de m’en sortir ! »)
  • En second lieu, il rappelle qu’il a été accablé par des scélérats (Jb 16, 6-17 ; Jb 19, 7-22 ; Jb 21, 6-28) et que c’est plutôt ceux-ci qui ne méritent pas de vivre. Cela revient à dire qu’en plus de la souffrance, il faut aussi supporter ceux qui ne supportent pas la vue de la souffrance (l’Adversaire, ses acolytes, les personnes qui accablent celui qui souffre).
  • Puis, il annonce que son rédempteur va prendre sa défense (Jb 16, 18 - 17, 5 ; Jb 19, 23 - 27 ; Jb 21, 29). Ce personnage énigmatique va intervenir depuis le ciel, comme un voyageur dont il faut interpréter le langage, afin de restaurer les droits de Job. Ainsi, on ne peut normalement plus l'accuser de désespérance ! Nous reparlerons de ce personnage un peu plus loin (dans l'article n°5).
  • Enfin, il conclut par une mise en garde : si vous continuer à me torturer par vos paroles, attention à vous ! Votre tranquillité apparente, comme le "calme cortège d’un méchant que l’on emmène au cimetière", ne prouve rien ! (Jb 17, 6-16 ; Jb 19, 28-29 ; Jb 21, 29-34).
Ici également, Job nous montre comment entrer en dialogue avec notre entourage qui peine à comprendre notre situation d’oppression et aussi comment Job nous montre comment fonder notre espérance, car nous aussi avons un rédempteur qui prendra notre défense et que nous attendons.
 

2-3 : Notre malheur est-il la conséquence de notre péché ?

Dernier échange entre Job et ses trois compagnons : si Job ne s’est pas remis de ses malheurs suite aux consolations prodiguées par Elifaz, Bildad et Çofar, n’est-ce pas d’une manière logique du fait de péchés commis par Job ? Sur ce sujet, seul Elifaz développera sa thèse.
Voici dans les grandes lignes comment Job répond à trois reprises à ses amis sur ce sujet, dans un ordre similaire (une fois en réponse à Elifaz et deux fois en réponse à Bildad, puisque cette fois-ci Çofar ne prend pas la parole) :
  • Pour commencer, Job affirme que DIEU est vraiment le TOUT-PUISSANT qui détient Justice et Sagesse (Jb 23, 1-9 ; Jb 26, 5-14 ; Jb 27, 11 à 28, 28). En cela, Job reprend la thèse de ses amis en indiquant que lui aussi croit en la souveraineté de DIEU, tout en précisant que c’est bien en vertu de cette souveraineté que le TOUT-PUISSANT éprouve Job par Son absence. On pourrait penser que sa principale souffrance soit sa misère, mais Job le dit tout net à de multiples reprises : c’est l’absence apparente de DIEU qui lui pèse le plus.
  • Ensuite, Job explique comment il cherche à être juste (Jb 23, 10-17 ; Jb 27, 1-23 ; Jb 29, 1 à 31, 40) dans tous les domaines de sa vie, agrippé aux traces du SEIGNEUR, et que Celui-ci saura en tenir compte. Prendre le temps de relire ses bonnes oeuvres, les bénédictions dans lesquelles il vivait et de redire en quoi il croit est peut-être un moyen de se défaire des images négatives que les accusateurs cherchent à lui renvoyer sur lui-même. On trouve beaucoup de psaumes qui usent du même procédé, comme si le regard du priant se purifiait en cherchant DIEU à l’intérieur de lui-même, dans les lieux où il s’efforce de rester intègre et pur de tout péché, ou même en revisitant par la prière le moment de sa conception.
On sent que Job approfondit sa foi peu à peu, puisqu’à sa seconde prise de parole, lors de sa réponse à Bildad, il prend le temps de chanter une ode à la Sagesse (Jb 28) et de pointer le décalage entre son bonheur d’antan et sa souffrance présente (Jb 29-31).  
Job nous montre le chemin lors d’une discussion sur les liens de cause à effet entre le péché et la souffrance : parler de la Toute-Puissance de DIEU et « dépoussiérer » toutes les belles choses que nous avons dans le coeur afin de ne pas nous laisser contaminer par une haine de nous-mêmes. Ainsi, peu à peu nous dépassons ces « gardes » et nous nous élevons vers le PUISSANT.
 
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