Les 2 témoins
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Za 4, 14 : "Ce sont les deux personnes désignées pour l'huile, celles qui se tiennent devant le Maître de toute la terre."

Le Temps

 

"Sais-tu le temps où enfantent les bouquetins ?" Jb 39, 1
 
Le monde judéo-chrétien est un monde culturel qui valorise l’histoire. Pour ceux-ci, l’histoire serait plutôt linéaire et irréversible, à la différence des Grecs, des Indo-européens, des asiatiques et des américains de toutes cultures précolombiennes qui ont une vision cyclique des choses. La manière de concevoir le temps, qui semble être si différente entre les cultures, semble capitale pour une juste compréhension de ce que le SEIGNEUR révèle à chaque époque de l’histoire dans les Signes des Temps.
 

1 - Considérations sur le temps

1-1 : Le temps cyclique

Traditionnellement, une vision extrêmement présente dans l’histoire est la conception cyclique du temps. Les civilisations étaient dépendantes des cycles des journées et des saisons, sur lesquelles elles avaient établi des rites[1].
L’axe central de cette représentation est la répétition et la permanence du Même : on retient davantage non le singulier, mais plutôt l’universel, l’exemplaire. Pour rendre compte des grands phénomènes qui l’entourent, l’homme traduit ces persistances du Même par les récits mythiques, qui imprègnent la mentalité collective.
L’étude de la cyclicité du temps nous amène à considérer tout d’abord la position la plus radicale : celle du cercle.
Cette conception est développée chez les stoïciens, Platon, Nietzsche, Marc-Aurèle : le temps se meut en cercle, toutes choses sont éternellement semblables et recommençantes. Il y a donc une éternelle destruction de ce qui précède puis une régénération. De ce fait, ce qui relève de l’histoire perd son importance, ce qui se distingue clairement de la culture moderne. En conséquence, la vie d’un individu est relative : ce qu’un individu vit pourrait ainsi se reproduire à l’identique à une autre époque.
Cette conception revêt quelque-chose de matérialiste, puisque la référence devient la matière qui forme des individus, puis se désagrège pour former d’autres individus, l’esprit ne pouvant pas transcender cette matière soumise aux cycles du temps. 
Telle est donc l’une des conceptions du temps. Voyons maintenant la conception à l’extrême opposé : la ligne. 
 

1-2 : Le temps linéaire

Un événement a changé l’histoire : DIEU s’est fait homme, ce qui, pour une bonne partie des Pères de l’Eglise, excluait l’hypothèse de la renaissance et de l’interprétation cyclique encore admise, certains le pensent, par une partie des premiers chrétiens. Le CHRIST a donné sa vie une fois, nous n’avons pas à attendre un autre crucifiement de notre SEIGNEUR pour la rédemption du monde. La conséquence pour les chrétiens pouvait devenir la suivante : le temps s’apparente à une ligne, un axe, sur lequel l’on peut représenter la création, les patriarches, l’Exode, les rois, la déportation, l’avènement terrestre du CHRIST, la Résurrection et nous attendons encore le retour en gloire. Cette représentation linéaire du temps est encore aujourd’hui communément admise par une bonne partie des théologiens chrétiens. « Lorsqu’il s’agit de mettre en valeur la vision chrétienne pour en montrer la supériorité, il est d’usage de prendre le contre-pied de la représentation cyclique du temps et d’affirmer la valeur d’une représentation linéaire du temps, (…), rien de moins que le mythe du progrès qui voit le jour à l’aube de la techno-science moderne. La croyance rationaliste en un futur orienté vers le progrès est la composante majeure de l’idéal du siècle des Lumières. Si l’on veut bien en effet conserver l’image de la ligne, il suffit de remplacer le début, les étapes et la fin. Il ne reste plus en effet qu’à redéfinir la ligne du temps et à la ponctuer autrement pour lui donner une nouvelle justification.[2] »
On a aujourd’hui, avec le secours de la science et de l’histoire, une représentation du temps qui est devenue objective : c’est la chronologie.
La philosophie suit ce mouvement de privilégier la non-répétition, comme si l’on cherchait à fuir et à nier le Même pour mettre au centre l’homme, et encore : ce serait plutôt une représentation de l’humain qui s’estime unique et se construit lui-même sans aucune aide. Le culte du super-héros, en somme. Une conséquence de cette représentation : le désintérêt croissant à l’égard de la transmission des générations. Aujourd’hui, on n’a plus besoin que nos parents nous apprennent, puisqu’Internet peut répondre à toutes les questions. La représentation instantanée linéaire, bien que pertinente et nécessaire lors d’une observation du moment, devient faussée lorsqu’on l’extrapole à l’infini comme si l’ensemble du temps était linéaire, un peu à la manière d’un observateur qui décréterait que la terre est plate du fait de considérer l’horizon qui semble rectiligne.
De fait, la représentation cyclique, en réalité plus complexe que les schémas dans lesquels on l’enferme souvent, mérite une meilleure considération, ne serait-ce que du fait du respect dû à toutes ces générations qui nous ont précédé, car celles-ci possédaient sûrement des vérités mûrement affinées par le temps à nous enseigner.

 

1-3 : La spirale

La représentation qui tient le milieu entre le cercle et la ligne peut être identifiée à une spirale. Celle-ci suppose à la fois une répétition et une progression linéaire, ainsi, un événement qui se reproduit est déjà différent du précédent cycle. Cette conception est défendue par la théorie indienne des Kapla décrite par Serge Carfantan, mais on peut dire que c’est également le cas, je pense, de la culture biblique.
En effet, la Bible reconnaît au temps sa place structurante et concrète pour l’humanité. Le point de départ est donné dans la Genèse : DIEU met sept jours à créer le monde et l’homme, cette durée inclut également un temps de repos après l’œuvre accomplie. C’est un peu comme si DIEU, qui est pourtant hors du temps, souhaitait dans cette création temporelle, révéler quelque-chose à l’homme, quelque-chose par rapport à Lui-même, quelque-chose par rapport à la condition humaine, l’homme étant créé à l’image de DIEU. En conséquence, le temps expérimenté par l’homme doit être vécu avec cette cyclicité afin de faire mémoire de l’acte primordial créateur, comme le précise le 3ème commandement et les préceptes sur le sabbat d’une part, mais également les autres fêtes de l’année qui se règlent tantôt sur le calendrier solaire, tantôt sur le calendrier lunaire. D’une certaine manière, le temps avec son aspect répétitif est donné à l’homme pour sanctifier celui-ci et le monde qui l’entoure. C’est une véritable consécration religieuse du temps.
Malgré cette cyclicité, l’histoire n’obéit pas à la loi de l’éternel retour. Elle est orientée en son fond par le dessein de DIEU qui s’y déroule et s’y manifeste ; elle est jalonnée par des évènements qui ont un caractère unique et ne se répètent pas, qui se déposent dans les mémoires[3] : le Déluge[4], la sortie d’Egypte, la royauté de David et Salomon, l’Exil, … Et pourtant, les évènements eux-mêmes servent de référence pour interpréter les évènements suivants, ainsi par exemple : l’Exode devient la référence pour interpréter toutes les libérations effectuées par Dieu en faveur de son peuple : la délivrance hors de Babylone lors de l’exil, le rachat des hommes opéré par le CHRIST en passant par les « flots » de la mort. Un même événement se reproduit d’une manière sensiblement différente, chargé du sens de ce qui le précède et avec une ampleur toujours grandissante, un peu comme le mouvement décrit par une spirale.
Dans le corpus biblique, il pourrait sembler que Qohéleth/l’Ecclesiaste se pose en exception, celui-ci défendant apparemment une vision du temps purement cyclique, du fait de nombreuses assertions comme celles-ci :

 

"Ce qui a été, c'est ce qui sera ; ce qui s'est fait, c'est ce qui sera : rien de nouveau sous le soleil." Qo 1, 9

 

Il est vrai que tout ce livre sent l’amertume et la déconvenue de celui qui a tout essayé et sonde les abysses de l’insatisfaction des désirs humains. Néanmoins, on peut penser que tel n’est pas le dernier mot du livre. En effet, d’une part le philosophe ne s’en prend jamais à DIEU, constatant que « tout ce que fait DIEU dure à jamais » (Qo 3, 14), d’autre part ce que donne DIEU dans l’humilité de la condition humaine mérite d’être cueilli jour après jour : l’action (9, 10), les félicités de l’amour légitime (11, 5), etc. Cette recherche légitime qui est celle de tout homme, à laquelle Jésus répondra (Jn 4, 14) que seule l’eau que Lui donne est en capacité de combler ce désir humain et donc de conduire vers le bonheur. A ce titre, malgré cette insistance de l’Ecclesiaste sur la vanité, la vision du temps qu’il sous-tend, même si celle-ci est moins perceptible, n'est -elle pas celle des autres auteurs bibliques : une spirale qui est à la fois recommencement et nouveauté ?

Cela nous sera utile, pour les Signes des Temps. En effet, étudier un même signe tel qu'il se reproduit dans le temps, tout en s'amplifiant et en chargeant de sens d'une fois sur l'autre, n'est-ce pas un bon moyen de percevoir le projet du SEIGNEUR dans un domaine donné ? À ce titre, DIEU n'est-il pas justement le meilleur enseignant qui soit ?
 
Cela dit, on peut se poser la question suivante : cette spirale du temps possède t-elle un commencement ou est-elle infinie, comme on peut le concevoir en mathématiques ?

 

1-4 : La question d’un commencement du temps

Thomas d’Aquin pose la question d’un commencement du temps. Le monde dans lequel nous vivons a t-il commencé un jour ou est-il éternel ?
Thomas admet possible un monde sans commencement, dans la mesure où le temps des hommes et l’éternité de DIEU ne sont pas à mettre sur le même plan[5]. Cela dit, ajoute-t-il, la puissance divine est plus facile à percevoir si jamais DIEU créa le temps avec un commencement que si DIEU fit un monde éternel.
Sa conclusion : seule la foi peut établir que le monde n’a pas toujours été.
En effet, la Genèse affirme (Gn 1, 1) : « Au commencement, Dieu créa… », ce qui est la révélation de DIEU que Celui-ci a bien inscrit le temps avec un début.
La Révélation affirme aussi une fin au temps, qui sera précédée du 7ème ange répandant sa coupe : « C’en est fait ! » (Ap 16, 17) et l’apparition des cieux nouveaux et la nouvelle terre (21, 1) où il n’y aura plus ni soleil ni lune (21, 23).
On pourrait ajouter la considération suivante : notre SEIGNEUR s’est incarné en JÉSUS-CHRIST. Par là-même, DIEU est entré de plain pied dans le temps, ce qui semblerait peu compatible avec un monde terrestre éternel…

 

1-5 :  Conclusion sur la représentation chrétienne du temps

On l’a vu : la représentation du temps varie selon les conceptions et les cultures, mais ce qu’apporte la Révélation judéo-chrétienne est un discernement pour ajuster l’approche par rapport au temps. Comme une multitude d’autres civilisations, la civilisation chrétienne reconnaît à la fois que le temps est fait de répétitions nécessaires à l’éducation des hommes, puisqu’à chaque cycle ceux-ci reçoivent du SEIGNEUR la capacité de croître, forts de l’histoire écoulée, mais également que le temps possède quelque-chose de linéaire puisqu’il n’y a pas d’événement qui se reproduisent de manière strictement identique d’une époque à l’autre : il y a une constante croissance pour que croisse l’humanité. C'est pour cela que le chrétien affirme avec force que chaque vie est un véritable cadeau : DIEU m'a tout donné en me créant, Il est triste si je ne mets pas à profit chaque petite seconde qui passe.

 

2 - Les quatre déploiements du temps

Ceci étant posé, comment cette spirale du temps se déploie t-elle, nous permettant de comprendre tel ou tel Signe des Temps ? Pour cela, balayons trois déploiements du temps observables dans la Bible et également le temps eschatologique, qui est le temps de la transition.
 
 

2-1 : Le déploiement « historique » - Temps du PÈRE

Il s’agit en réalité d’un ensemble de déploiements se produisant dans l’Ancien Testament, lors du temps du PÈRE, ce temps où au sein de la TRINITÉ c’est plus particulièrement le PÈRE qui se manifeste aux hommes. Ces déploiements forment un temps de préparation à la manifestation de DIEU en JÉSUS-CHRIST, préfigurant celui-ci sous certains aspects, comme des types, comme le disaient les Pères de l’Église. C’est le temps de la patience, de la lente éducation d’un peuple à intégrer son DIEU dans ses journées, dans son intelligence, dans son cœur (Dt 30, 14). 

 

2-2 : Le déploiement « temporel » - Temps du FILS

C’est la venue de JÉSUS-CHRIST dans la chair. Ce déploiement est une concentration du temps en JÉSUS-CHRIST, qui est le Pilier de toute l’histoire humaine ; on peut aussi parler de charnière : charnière entre les deux Testaments, entre les périodes prophétiques, etc.
Au sein de ce déploiement, Marie, Mère de DIEU, tient une place immense, bien que voilée dans le Nouveau Testament. En quelque sorte, la vie terrestre de Marie est comparable aux trente années de vie cachées du CHRIST, avant sa vie publique. Marie vécut sa vie cachée à l’époque de JÉSUS, sa vie publique a lieu dans le temps d’après : le temps de l’ESPRIT.

 

 

2-3 : Le déploiement « spirituel » - Temps de l’ESPRIT-SAINT

Il s’agit du temps de l’ESPRIT-SAINT, un temps de consolation car l’homme n’est désormais plus seul : il a la Loi nouvelle en lui, celle qui lui dit d’aller à droite ou à gauche lorsqu’il en a besoin (Is 30, 21). Ce déploiement s’opère au sein du peuple chrétien, corps mystique du CHRIST, qui poursuit l’œuvre du SAUVEUR en faisant des choses plus grandes encore. Contrairement au temps du FILS, le temps de l’ESPRIT-SAINT se dilate dans le temps : le SEIGNEUR prend patience pour en sauver le plus grand nombre.
 
 

2-4 : Le déploiement secondaire : le déploiement « eschatologique » - Temps de la transition

Il n’y a en réalité pas un, mais plusieurs déploiements eschatologiques, à chacune des transitions d’un temps à un autre ou d’une période à l’autre. L’humanité y voit se concentrer des éléments forts de la présence du Seigneur, mais également un mystère d’iniquité qui l’accompagne. C’est le « Jour du SEIGNEUR ». Il s’agit toujours d’un paroxysme, d’un point final du temps ou de la période qui le précède. Le temps eschatologique voit le SEIGNEUR se faire plus pressant auprès de l’humanité qui n’a pas été sensible aux manifestations de patience et qui par miséricorde divine est contrainte d’une manière plus forte afin de se tourner vers DIEU. C’est l’aboutissement de cette dualité et cette intensification que l’on trouve dans le temps de la patience, comme le bon grain et l’ivraie qui croissent et donnent de plus en plus de fruits bons ou mauvais. Dans les temps eschatologiques on trouve les éclairs, les fracas, les tremblements de terre que nous analyserons plus loin.
 

2-5 : Avec un exemple

Prenons un exemple avec un Signe des Temps : le Déluge.
Dans l’Ancien-Testament (déploiement historique), le SEIGNEUR envoie un Déluge d'eau car le péché de l’humanité est monté vers Lui.
Dans le déploiement temporel (au moment de la venue en chair de JÉSUS-CHRIST), le SEIGNEUR a permis qu’un déluge de sang soit réalisé, qui commença avec Hérode et la persécution des nouveaux-nés, qui se poursuivit avec le CHRIST et s’acheva plusieurs siècles plus tard lors des grandes persécutions contre l’Eglise.
Dans le temps de l’ESPRIT-SAINT (déploiement spirituel), s’opère un Déluge de feu. Celui-ci, je pense, a commencé avec les essais nucléaires qui ont fait tant de mal au Japon durant la seconde guerre mondiale, et se poursuivra malheureusement afin de purifier l’humanité.
Ce Signe des Temps se produit en lui-même lors d’un temps eschatologique, c’est-à-dire en période de grands bouleversements, y compris lors de la mort du CHRIST où le soleil s’obscurcit et la terre trembla.
La signification du Déluge est donc à trouver dans ce qui nous est enseigné à chaque fois que le Déluge se reproduit. En effet, à chaque fois que l’humanité a parcouru un tour de la spirale, ce même signe du Déluge se développe et s’enrichit. 

[1]Pour cette partie sur la représentation du temps, je m’inspire de l’article de Serge Carfantan intitulé Temps cyclique et temps linéaire, tiré de son livre Les leçons du temps, CIPP, 2014
[2]ibid note n°1
[3]Vocabulaire de Théologie Biblique, publié sous la direction de Xavier Léon Dufour, éditions du Cerf, 2007, article sur le Temps, p.1277.
[4]Dieu promet à Noé (et par lui à toute l’humanité) que jamais plus de déluge ne détruira la terre (Gn 9, 11)
[5]Saint Thomas d’Aquin, Somme théologique, 1a, Q46, a1 à a3
 
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